La chanteuse et comédienne Annie Cordy est morte


04 septembre 2020

Annie Cordy, saltimbanque infatigable, est morte vendredi 4 septembre, à l’âge de 92 ans, près de Cannes, a annoncé sa famille à l’Agence France presse (AFP). « Elle a fait un malaise vers 18 heures. Les pompiers sont arrivés très vite, ont tout tenté pour la ranimer », a indiqué sa nièce, Michèle Lebon, qui vivait avec elle dans une maison sur les hauteurs de Cannes depuis des années.

Artiste à la carrière éclectique, elle a tout mené de front pendant plus de soixante-dix ans, à la fois meneuse de revue, chanteuse d’opérette et de variétés, comédienne, actrice de cinéma ou de télévision. Elle a à son actif plus de 700 chansons dont près de 40 tubes qui ont fait les grandes heures des radios et des shows télévisés (La Bonne du curé, Ça ira mieux demain, Tata Yoyo, Cho ka ka O).

Annie Cordy, de son vrai nom Léonie Cooreman est née le 16 juin 1928 à Laeken, commune du nord de Bruxelles (Belgique). Elle passe une enfance heureuse auprès de parents d’origine modeste, père menuisier, mère tenant une épicerie. A la maison, l’atmosphère est musicale entre disques et radio allumée en permanence. Annie Cordy a 8 ans quand sa mère l’inscrit dans une école de danse réputée, celle des sœurs Ambrosini qui lui apporte une solide formation de danseuse complétée par des cours de solfège.

Dès 1944, accompagnée par sa mère, elle s’inscrit dans des radios-crochets et se voit proposer un contrat dans une salle prestigieuse, l’Ancienne Belgique à Bruxelles. Les engagements s’enchaînent et en 1948 elle enregistre ses premiers 78-tours faits de reprises et décroche, à 18 ans, un contrat de meneuse de revue au Bœuf sur le Toit, cabaret réputé à Bruxelles.

Remarquée par Pierre-Louis Guérin, directeur artistique du Lido à Paris qui cherche une nouvelle meneuse de revue, elle débarque dans la capitale en 1950 et prend le pseudonyme d’Annie Cordy. Elle y rencontre son futur mari François-Henri Bruneau dit « Bruno » de dix-sept ans son aîné, qu’elle épouse en 1958. Il sera à ses côtés pendant plus de quarante ans en tant que manager.

Dès 1952, elle fait une entrée remarquée dans le monde de l’opérette dans La route fleurie avec Bourvil. Parallèlement, elle commence avec succès une carrière de chanteuse et fait ses premiers pas au cinéma dans Si Versailles m’était conté, de Sacha Guitry (1954), ou la version filmée du Chanteur de Mexico (1956) avec Luis Mariano, qui deviendra un ami fidèle. Véritable artiste de music-hall, elle se produit à Bobino, à l’Olympia et part en tournée à l’étranger.

Actrice souvent de second rôle dans des films à grande distribution, elle dévoile une palette de jeu variée, comique comme dans Poisson d’Avril, de Gilles Grangier (1954), Ces messieurs de la gâchette, de Raoul André (1969), mais aussi dramatique, comme dans Le passager de la pluie, de René Clément (1969) où elle joue un rôle de mère alcoolique, ou Le Chat, de Pierre Granier-Deferre (1970) en prostituée, confidente de Jean Gabin.

Elle joue invariablement dans des films d’auteurs tels que La Rupture, de Claude Chabrol (1971), Rue Haute, d’André Ernotte (1976), ou dans des films populaires tels que Elle court, elle court la banlieue, de Gérard Pirès (1973). Et multiplie les succès sur scène, tant dans des récitals que dans des comédies musicales, Hello Dolly (1972), Nini la Chance (1976) qui restent plusieurs années à l’affiche.

Dans les années 1970 et 1980, l’artiste est très demandée par la télévision. Elle se produit dans les émissions des Carpentier, de Danièle Gilbert ou de Michel Drucker. Et s’invite aussi dans des téléfilms ou des séries télévisées telles que Madame S.O.S (1981).

En 1989, elle surmonte l’épreuve de la mort de son mari, en multipliant ses apparitions à la télévision et au cinéma dans des séries tels que Fabien Cosma, et des films comme La vengeance d’une blonde, de Jeannot Szwarc (1994), Disco, de Fabien Onteniente (2008), Les Herbes folles, d’Alain Resnais (2009), Les souvenirs, de Jean-Paul Rouve (2015).

Parisienne depuis les années 1950, elle déménage à Cannes à la fin de sa vie avec sa nièce Michèle dite Mimi, sa fidèle collaboratrice. Mais elle n’envisage pas un seul instant de prendre « sa retraite » qu’elle juge être un « vilain mot ». Répétant à l’envie : « Je suis tellement occupée que, quand je serai morte, je ne m’en rendrai même pas compte ».

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